Ommegang : La Tradition de l'Ommegang.

 

 

 

 

 

 

 

Olivier de Trazgnies

 

 

Une saine compréhension de la religion mène évidemment tout droit au salut éternel, à condition que dans l'intervalle, elle assure aussi la prospérité du commerce. C'est du moins par un tel raisonnement que les bourgeois de Bruxelles (comme ceux des grandes villes prospères de la "Vieille Europe") récupéraient les miracles, les saints ermites et les processions.

 

 

 

 

Au XVIè siecle, bien peu de gens se souvenaient de l'aide apportée par la Vierge à Béatrice Soetkens, mais ils voyaient dans l'Ommegang annuel l'occasion d'une parade où triomphaient les mines rubicondes et les passementeries des diverses corporations.

Quand un empereur et son prince héritier se pointaient au balcon de l'hôtel de ville, l'esbroufe devenait une promotion exceptionnelle où l'on pouvait célébrer dans les mines dévotes ce que Grandville appellera plus tard "les noces du puff et de la Réclame".

 

   

En 1549, l'Ommegang offert à Charles Quint et au futur Philippe II fut d'une richesse mémorable.

 

 

Tout ce qui brillait à Bruxelles s'y exhiba.

Par la suite, on surnommera ce phénomène la "Belgique joyeuse".

Dans notre tradition, il paraît impensable qu'une cérémonie religieuse (baptème, mariage, communion, ordination ou enterrement) ne soit pas prétexte à bombance.

En quelque sorte, nos bons Bruxellois remercient le Ciel de les avoir faits comme ils sont.

Avec le "siècle de malheurs", la tradition de l'Ommegang disparut.

Les années 1640/1700 étaient devenues trop lugubres.

 

Quand il réssuscita en 1930 pour le centenaire de la Belgique, les organisateurs cherchèrent à quel char idéologique accrocher leur cortège. On opta pour un compromis bien de chez nous : l'empereur et sa cour, composés d'aristocrates bon teint, plus ou moins pendus à leurs généalogies, interprétèrent la grande Histoire.

 

Les lignages représentèrent la bourgeoisie de notre capitale et les danseurs, jongleurs, diablotins et autres buveurs de gueuze firent office de choeur antique, c'est à dire de ketjes, comme Charles quint les aimait tant.

Ainsi la commémoration annuelle joua son rôle dans la pacification sociale, fort malmenée par la crise économique.

L'idée n'était pas si mauvaise quoique délicieusement naïve.

Aujourd'hui encore, on observe avec amusement le succès que rencontre "la pucelle de Bruxelles" auprès des vieilles gloires guindées.

 

Au moment où l'empereur se retire, tout le monde danse sur la Grand-Place dans une atmosphère de "kermesse héroïque".

 

En poussant un peu plus loin l'expérience, il faudrait porter l'Ommegang aux Nations unies pour adoucir les tensions de notre monde détraqué.